Orateur
Description
Contexte
Le carpocapse des pommes est un ravageur majeur des vergers de pommiers, poiriers et noyers. Les alternatives biologiques aux insecticides chimiques, notamment les produits à base de virus de la granulose (CpGV), représentent des solutions prometteuses mais dont l’efficacité reste parfois insuffisante au champ. Cette limitation s’explique en partie par la capacité du carpocapse à s’adapter rapidement au changement climatique et à développer des résistances aux insecticides dont différents isolats de virus de la granulose. Les formulations actuelles de virus de la granulose reposent souvent sur des mélanges génotypiques complexes. Le succès d’infection dépend notamment de la bonne ingestion du ou des variants viraux efficaces. Il est donc nécessaire de mieux comprendre les facteurs biologiques et techniques influençant les probabilités d’ingestion de particules virales par les larves afin d’optimiser les traitements au verger.
Ces recherches sont issues d’une collaboration entre INRAE Avignon, le GRCETA de Basse Durance et la station expérimentale La Pugère. Ce travail a bénéficié pendant deux ans du soutien du GIS Fruits.
Objectifs
Cette étude visait à identifier les principaux leviers permettant d’améliorer l’efficacité des traitements à base de virus CpGV contre le carpocapse des pommes. Les objectifs étaient :
• déterminer l’influence de facteurs biologiques et opérationnels sur la mortalité larvaire ;
• évaluer l’impact de la qualité de pulvérisation ;
• préciser les conditions optimales de pulvérisation ;
• proposer des outils et recommandations pratiques pour les arboriculteurs.
Démarche et méthodes
Un modèle probabiliste a été développé afin d’intégrer plusieurs paramètres : qualité de pulvérisation, concentration virale, composition des mélanges génotypiques, durée du stade baladeur des larves et proportion d’individus résistants dans la population. Le modèle estimait la probabilité d’infection et de mortalité larvaire selon différents scénarios.
Pour valider ces prédictions, des « tests hybrides » ont été conçus à l’interface entre essais au champ et essais en laboratoire. Des feuilles traitées en verger ont été prélevées puis des larves néonates ont été déposées dessus et laissées différents temps d’exposition. La mortalité était ensuite observée 7 jours après installation.
Des essais complémentaires ont étudié : l’effet du taux de couverture foliaire sur la mortalité des larves ; l’influence de la taille des gouttelettes sur la mortalité des larves ; l’impact de la température et de l’hygrométrie sur la qualité de pulvérisation et enfin la fiabilité d’applications smartphone destinées à mesurer la qualité de pulvérisation.
Résultats obtenus
La qualité de pulvérisation constitue le facteur déterminant de l’efficacité des traitements au CpGV. Le modèle indique qu’un taux de couverture foliaire élevé augmente fortement la mortalité larvaire, avec un optimum atteint autour de 55 % de surface couverte.
La durée du stade baladeur influence également l’infection : plus les larves s’exposent au virus avant de pénétrer dans les fruits, plus la probabilité d’infection létale augmente. Cela suggère une meilleure efficacité des traitements en première génération lorsque les températures sont plus faibles et les déplacements larvaires plus longs.
Concernant la taille des gouttes, les buses produisant des gouttelettes moyennes (200–300 µm) confèrent une meilleure efficacité. Les gouttes trop fines sont sensibles à l’évaporation tandis que les plus grosses limitent l’homogénéité de couverture.
Les meilleures conditions d’application correspondent à des températures inférieures à 22–24 °C et à une hygrométrie supérieure à 70 % quel que soit le type de pulvérisateur.
Les essais expérimentaux confirment globalement les prédictions du modèle et montrent qu’une couverture homogène de la végétation est indispensable.
Enfin, l’application smartphone Smart Spray fournit des estimations fiables du taux de couverture et pourrait constituer un outil opérationnel d’aide au réglage des pulvérisateurs.
Perspectives
Ces travaux ouvrent plusieurs perspectives pour améliorer durablement les stratégies de biocontrôle contre le carpocapse. L’optimisation des réglages de pulvérisation, du choix des buses et des créneaux d’application pourrait également accroître significativement l’efficacité des traitements, tout comme le développement d’outils numériques simples d’évaluation de couverture.
Une meilleure prise en compte des niveaux de résistance présents dans les parcelles permettrait d’adapter le choix des formulations virales.
Références bibliographiques
1. Jehle J.A. et al., 2006. On the classification and nomenclature of baculoviruses.
2. Berling M. et al., 2009. Resistance of codling moth to CpGV isolates.
3. Sauphanor B. et al., 2012. Integrated management of codling moth in orchards.
| Fonction de l'orateur | Ingénieure en entomologie |
|---|---|
| Nom de la structure et affiliation (UMR, Station...) de l'orateur | INRAE - Unité PSH |
| Mots clés (hors ceux du titre) | biocontrôle, carpocapse, pulvérisation, optimisation |
| Autorisation RGPD | oui |