Orateur
Description
Contexte
Dans un contexte de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires et de transition vers des systèmes agricoles durables, le biocontrôle constitue une alternative prometteuse pour gérer les maladies des plantes. Parmi les solutions de biocontrôle, les stimulateurs des défenses des plantes (SDP) visent à renforcer la résistance naturelle de l’hôte face aux agents pathogènes. Leur efficacité est souvent évaluée via l’interaction produit-pathosystème, supposant une réponse stable. Or, celle-ci peut être modulée par des facteurs biotique et abiotiques, notamment le fond génétique et les conditions environnementales. Il est donc essentiel de comprendre l'influence de ces facteurs sur la stabilité et la performance des produits de biocontrôle.
Objectifs
Cette étude vise à évaluer l’effet de différents régimes de température élevée sur l’efficacité d’un produit de biocontrôle bactérien, caractérisé comme SDP, contre l’alternariose foliaire de la carotte causée par Alternaria dauci. L’objectif est de déterminer si la température modifie le niveau de protection induit par le traitement chez des génotypes de carotte identifiés comme réceptifs et d’identifier les mécanismes associés à cette modulation à l’aide d’approches phénotypiques, transcriptomiques et métabolomiques.
Démarche et méthodes
Dans un premier temps, 40 génotypes de carotte cultivée ont été évalués phénotypiquement pour caractériser leur réceptivité au traitement SDP. Cette analyse a révélé une variabilité marquée de la réponse, ainsi qu’une forte influence du fond génétique, appuyée par les données transcriptomiques. À partir de cette caractérisation, six génotypes présentant une réponse favorable et protégée par le traitement ont été sélectionnés.
Ces génotypes réceptifs ont ensuite été utilisés pour évaluer l’effet de la température sur l’efficacité du traitement. Les plantes ont été exposées à différents régimes de température élevée, appliqués à des moments distincts par rapport au traitement : exposition prolongée ou courte avant traitement SDP ou débutant le jour de l’application. Après traitement, la température élevée a été maintenue 15 jours pour reproduire des conditions de très fortes températures au champ. Le niveau de protection a ensuite été évalué (analyses de phénotypage, de transcriptomique et de métabolomique) pour comprendre la modulation des défenses de la plante par ces conditions thermiques.
Résultats obtenus
Le produit de biocontrôle induit une réduction des symptômes d’alternariose chez la carotte, conservant un effet protecteur quel que soit le régime de température. La stimulation des défenses reste donc fonctionnelle dans les divers contextes thermiques testés. Cependant, l’intensité de cette protection varie selon le régime thermique. Les expositions courtes à la température élevée semblent favoriser une meilleure résistance, y compris en absence de traitement. En présence du produit, cette réponse est renforcée, améliorant la protection. À l’inverse, une exposition prolongée fragilise les plantes : le traitement réduit les symptômes, mais son effet protecteur reste partiel et ne compense pas totalement le stress thermique. Les analyses omiques ont permis d’identifier des gènes, des voies biologiques et des métabolites associés aux différences de réponse observées. Ces résultats mettent en évidence des mécanismes impliqués dans l’acclimatation thermique et dans la modulation de l’efficacité du biocontrôle sous contrainte thermique.
Perspectives
Ces résultats soulignent l’importance d’intégrer l’interaction génotype × conditions thermiques dans l’évaluation des produits de biocontrôle face au réchauffement climatique. L’efficacité d’un stimulateur des défenses des plantes ne devrait pas être évaluée uniquement par la réduction moyenne des symptômes dans des conditions favorables ou standardisées mais aussi par la stabilité de cette réponse selon la variété utilisée et le régime thermique. Cette approche pourrait faire évoluer les critères d’évaluation en y intégrant des indicateurs de robustesse climatique. Elle permettrait également d’améliorer le conseil agricole, notamment pour le choix du produit, de la variété et du moment d’application selon les épisodes de chaleur attendus. À plus long terme, l'identification de marqueurs phénotypiques, transcriptomiques et/ou métabolomiques associés à la réponse aux stimulateurs de défense des plantes pourrait aider à sélectionner des combinaisons produit × variété adaptées à des scénarios de réchauffement climatique.
| Fonction de l'orateur | Doctorant |
|---|---|
| Nom de la structure et affiliation (UMR, Station...) de l'orateur | IRHS |
| Mots clés (hors ceux du titre) | Immunité-végétale, Réponse-au-stress-thermique, Interaction-génotype-environnement, Transcriptomique, Métabolomique |
| Autorisation RGPD | oui |