Orateur
Description
Contexte
L’efficacité de la pollinisation entomophile en verger dépend fortement de l’activité des abeilles domestiques (Apis mellifera), elle-même étroitement liée aux conditions météorologiques. Dans un contexte de changement climatique marqué par une variabilité accrue des conditions printanières (alternance rapide de périodes chaudes, fraîches, pluvieuses ou couvertes) et des décalages phénologiques entre floraison et activité des pollinisateurs, la compréhension fine des déterminants de cette activité devient essentielle pour sécuriser la production fruitière.
Les approches classiques d’évaluation de l’activité pollinisatrice reposent sur le comptage des entrées et sorties des butineuses à l’entrée de la ruche. Toutefois, cette méthode ne permet pas d’évaluer la performance réelle de collecte, dans la mesure où elle intègre également les abeilles ne rapportant pas de ressources. Elle constitue ainsi un indicateur d’activité comportementale, mais ne permet pas de qualifier l’efficacité pollinisatrice.
Démarche et méthodes
Notre étude s’appuie sur des données de pesée continue d’une ruche équipée d’une balance connectée, couplées à des relevés météorologiques, collectées au printemps 2026 dans un verger d’environ 20 hectares de poiriers et pommiers situé à Longué-Jumelles (Maine-et-Loire), dans le cadre d’une prestation de pollinisation (du 20 mars au 15 avril 2026). Les variations de poids de la colonie sont utilisées comme indicateur fonctionnel de l’activité de butinage et de la collecte effective de ressources.
Résultats obtenus
Les résultats mettent en évidence le rôle prépondérant de la luminosité dans la dynamique de butinage. Contrairement aux approches centrées sur la température, celle-ci apparaît comme un facteur secondaire dès lors que certaines conditions radiatives sont réunies. L’analyse croisée des données de pesée et des mesures météorologiques a permis d’identifier l’existence d’un seuil minimal de luminosité nécessaire au déclenchement d’une activité pollinisatrice significative, exprimé en W/m². En dessous de ce seuil, l’activité de butinage reste limitée, même en présence de températures relativement favorables. À l’inverse, des niveaux de luminosité suffisants permettent l’observation d’une activité notable à des températures inférieures à 15°C, en l’absence de précipitations.
Ces résultats confirment le caractère multifactoriel du butinage et remettent en question l’usage de seuils thermiques simplifiés pour prédire l’activité pollinisatrice. Ils soulignent également l’importance des conditions radiatives, encore peu intégrées dans les outils d’aide à la décision en pollinisation.
L’analyse des données permet de discriminer des journées favorables, intermédiaires et défavorables à la pollinisation. Dans un contexte de variabilité climatique accrue, cette approche ouvre la voie à une meilleure anticipation des fenêtres d’activité pollinisatrice, en s’appuyant sur les prévisions météorologiques à court et moyen terme, notamment en intégrant des indicateurs de rayonnement.
Ces résultats présentent des applications concrètes pour les pratiques apicoles et agricoles. Ils permettent notamment :
• D’ajuster le positionnement temporel des ruches en verger en fonction des fenêtres réellement favorables, et ainsi d’optimiser la gestion phytosanitaire
• D’adapter la densité et la diversité des pollinisateurs mobilisés,
• Et d’optimiser les stratégies de pollinisation en tenant compte non seulement de la température, mais aussi des conditions de luminosité prévues.
Ainsi, l’utilisation de ruches connectées constitue un outil d’aide à la décision permettant d’améliorer la résilience des systèmes de pollinisation face au changement climatique. Cette méthode est de plus transposable à d’autres productions végétales à pollinisation entomophile, y compris sous abris fermés.
La présentation proposée détaillera les méthodologies mises en œuvre pour le suivi de l’activité pollinisatrice, puis exposera les premiers résultats obtenus en conditions réelles. Elle visera à ouvrir la discussion avec la communauté arboricole, afin de confronter ces approches aux pratiques existantes et d’identifier des perspectives de collaboration, notamment dans le cadre de projets expérimentaux portés par Vegepolys Valley.
| Fonction de l'orateur | Conseiller technique/ formateur |
|---|---|
| Nom de la structure et affiliation (UMR, Station...) de l'orateur | Apipol |
| Mots clés (hors ceux du titre) | Pollinisation monitoring changement climatique adapation |
| Autorisation RGPD | oui |