24–25 nov. 2026
Campus d'Angers
Fuseau horaire Europe/Paris

Usages et leviers de substitution du glyphosate aux Antilles et à La Réunion

25 nov. 2026, 09:40
10m
Campus d'Angers

Campus d'Angers

L'Institut Agro Rennes-Angers 2 rue André Le Nôtre 49 045 Angers
A- Présentation orale de 10 mn Agroécologie et gestion durable des ressources Agroécologie et gestion durable des ressources

Orateur

Fabrice Le Bellec (Cirad)

Description

Contexte

Dans les DROM, le glyphosate est massivement utilisé et représente entre 30 et 50 % des herbicides vendus et jusqu’à 1 kg/ha/an (3 fois plus que la moyenne nationale). Cette dépendance s’explique par le climat favorisant la croissance des adventices, une raréfaction de la main-d’œuvre et des coûts élevés des alternatives. Pourtant, les risques sur les écosystèmes imposent une transition vers des pratiques plus durables (Tarsiguel et al., 2023).

Démarche et méthodes

Les usages du glyphosate ont été étudiées dans le cadre du projet Territoires Durables , soutenu par le Ministère des Outre-Mer (Le Bellec et al., 2024). Pour ce faire, des enquêtes semi-directives ont été entreprises auprès d’une centaine de producteurs entre 2019 et 2023 afin de documenter les pratiques et les leviers de substitution. En complément, des collectifs d’acteurs des territoires ont été mobilisés pour analyser les pratiques et les alternatives afin d’évaluer leur potentiel de déploiement à travers des scénarios prospectifs.

Résultats obtenus

Les principaux usages actuels du glyphosate visent le désherbage général (bordures de parcelles, chemins, préparation des sols avant culture) et la gestion intra-parcellaire (lutte contre les adventices pendant le cycle cultural, destruction des bananeraies en fin de cycle via la technique du « piquage » ). Son adoption repose sur son efficacité, sa simplicité d’application et son rapport coût-bénéfice, malgré des impacts négatifs largement documentés.
Les leviers de substitution identifiés peuvent être regroupés en quatre catégories de solutions :

  1. mesures préventives :
  2. Les paillages morts ou vivants (BRF, feuilles de canne, plantes de couverture…) pour étouffer les adventices, tout en améliorant la fertilité des sols (Grange et al., 2024).
  3. La densification des cultures.
  4. Les rotations culturales (ex. canne/banane) pour rompre le cycle des adventices spécifiques à la culture.
  5. Les haies en bordure pour bloquer la propagation des espèces invasives.
  6. mesures curatives :
  7. Le désherbage mécanique ou manuel, malgré sa pénibilité et son coût.
  8. L’éco-pâturage pour gérer l’enherbement tout en diversifiant les revenus (Andrieu et al., 2024).
  9. Le désherbage thermique bien qu’il soit peu répandu.
  10. mesures d’optimisation :
  11. Les aménagements parcellaires pour faciliter la mécanisation.
  12. L’utilisation d’outils adaptés (débroussailleuses, gyrobroyeurs) pour les zones pentues.
  13. mesures de gestion de l’interculture :
  14. La destruction mécanique des bananeraies.
  15. Le travail du sol (enfouissement des adventices) avant une nouvelle culture.

Perspectives

La réduction du glyphosate se heurte à trois obstacles majeurs : i) les alternatives nécessitent des investissements initiaux élevés, bien que rentables à long terme (diversification des revenus, réduction des intrants), ii) un manque de référentiels techniques et iii) des solutions dont le changement d’échelle locales est difficile (ex. moutons en bananeraie en Guadeloupe). Les ateliers de prospective ont par ailleurs mis en évidence des besoins visant à : i) formaliser un cadre réglementaire clair, ii) développer des plateformes régionales d’échange pour expérimenter les alternatives et iii) favoriser une meilleure coopération entre acteurs (agriculteurs, institutions, filières) pour partager les risques. Ce travail a permis d’imaginer une transition durable des usages à condition de soutenir financièrement et techniquement les producteurs, assurer une réglementation stable et assurer une valorisation économique des pratiques vertueuses. Sans ces leviers, le glyphosate restera dominant, malgré ses impacts avérés.

Références bibliographiques

-Andrieu N., Dorey E., et al. 2024. Introducing sheep for agroecological weed management on banana plantations in Guadeloupe : A co-design process with farmers. Agricultural Systems, 213 : 12 p.
-Grange J., Simon S., et al. 2024. Pratiques alternatives de gestion de l'enherbement dans les systèmes maraîchers de Martinique. Le Lamentin : CIRAD, 124 p.
-Le Bellec F. (coord.), Espinasse F. (coord.), et al. 2024. Rapport final d’exécution du projet Territoires Durables. CIRAD, Montpellier, 127 p. https://publications.cirad.fr/une_notice.php?dk=609671
-Tarsiguel L., Dorey E., et al. 2023. Alternative practices to pesticide use in the Guadeloupe banana belt: Do biophysical constraints limit agroecological transitions? Agricultural Systems, 210 : 11 p.

Fonction de l'orateur Directeur de recherche
Nom de la structure et affiliation (UMR, Station...) de l'orateur CIRAD
Mots clés (hors ceux du titre) DROM, Agroécologie, maraichage, banane, canne-à-sucre
Autorisation RGPD oui

Auteur

Fabrice Le Bellec (Cirad)

Co-auteurs

Christophe Poser (Cirad) Elodie Dorey (Cirad) Lai Ting Pak (Cirad) Manon Desmurs (Cirad) Nadine Andrieu (Cirad) Périnne André Sandrine Fréguin-Gresh (Cirad) Serge Simon (Cirad) Stewy Lakhia (Cirad)

Documents de présentation

Aucun document.