Orateur
Description
Contexte
Afin de réduire les impacts directs et indirects des pesticides sur la biodiversité, les écosystèmes et la santé humaine, il apparait nécessaire de promouvoir la protection agroécologique des cultures, basée à la fois sur la biodiversité fonctionnelle, le renforcement de la santé des sols et l’adoption de pratiques agricoles combinées pour lutter contre les bioagresseurs. Des travaux récents montrent que la diversification végétale, cultivée ou semi-naturelle, favorise la régulation des bioagresseurs (Vialatte et al., 2023), et notamment dans les systèmes maraichers de La Réunion (Nève de Mévergnies et al., 2026).
Objectifs
Afin d‘accompagner la transition agroécologique des systèmes agricoles dans les territoires d’Outre-Mer, une démarche de conception de systèmes horticoles diversifiés a été initiée sur le territoire réunionnais. Dans un premier temps, l’objectif de ce travail est de recenser, comprendre et formaliser les leviers de diversité végétale mobilisés par les agriculteur·rices qui n’utilisent pas ou peu de pesticides.
Démarche et méthodes
Nous avons mené une traque aux innovations (Salembier et al., 2021) afin de repérer et analyser des systèmes horticoles diversifiés mis en œuvre par des paysan·nes pionnier·ères. A partir de 31 entretiens semi-directifs réalisés dans des fermes aux conditions pédoclimatiques variées, nous avons décrit, caractérisé et analysé des systèmes de culture fruitiers et maraichers diversifiés qui n’utilisent pas ou peu de pesticides, en portant une attention particulière aux critères de satisfaction de leur concepteur·rice.
Résultats
Ces entretiens ont permis de caractériser une diversité de pratiques mobilisant la diversité végétale, à la fois dans le temps (rotations de culture, gestion des intercultures) et l’espace (associations culturales, gestion des couverts végétaux, plantes de services, infrastructures agroécologiques, agencement spatial des parcelles). Le choix de ces différents leviers est expliqué par les caractéristiques du contexte de la situation agricole, par les motivations et indicateurs propres aux agriculteur·rices, ainsi que par les éléments du fonctionnement de ces systèmes qu’il·elles cherchent à influencer. L’analyse des données a mis en lumière différentes stratégies de moyens de lutte, ainsi que les logiques d’action propres aux agriculteur·rices qui les mettent en œuvre. Les connaissances produites par l’analyse de ces entretiens constituent une source d’information importante, à la fois pour inspirer celles et ceux qui souhaiteraient initier un changement de pratiques et pour comprendre leur cohérence agronomique et les critères d’évaluation de leur concepteur·rice. Les résultats préliminaires ont été partagés avec les personnes enquêtées afin d’amorcer des échanges sur les pratiques sans pesticides et d’encourager la transition agroécologique par la création d’une communauté d’acteur·rices. Néanmoins, de nombreux verrous à la mise en œuvre de ces pratiques évoqués par les agriculteur·rices se situent souvent à des niveaux d’organisations auxquels il·elles n’ont pas de réelle capacité d’action directe.
Perspectives
Afin d’être en mesure d’agir à tous les niveaux y compris ceux externes aux fermes, un diagnostic sociotechnique est actuellement en cours pour identifier et caractériser les freins et les leviers au niveau de l’ensemble des acteur·rices concerné·es par la diversification végétale à l’échelle de la filière fruits et légumes de La Réunion. Ce diagnostic viendra apporter des éléments de réponse sur les capacités de développement de pratiques innovantes. In fine, l’ensemble de ces éléments viendra alimenter et renforcer un processus de conception d’innovations visant à développer, au cours d’ateliers multi-acteurs, des systèmes agroécologiques répondant aux enjeux actuels. En effet, en favorisant les processus d’apprentissage par les échanges et les collaborations entre acteur·rices, ces démarches collectives se sont montrées favorables pour accompagner des changements de pratiques et accroitre la souveraineté alimentaire (Leclère et al., 2021).
Références bibliographiques
-Leclère M., et al. (2021). Design workshop with farmers as a promising tool to support the introduction of diversifying crops within a territory: the case of camelina in northern France to supply a local biorefinery. OCL 28, 40
-Nève de Mévergnies T., et al. (2026). Ecological and management drivers of pest regulation via multitrophic pathways in tropical insular agroecosystems. Agriculture, Ecosystems & Environment 397, 110030
-Salembier C., et al. (2021). A theoretical framework for tracking farmers' innovations to support farming system design. Agronomy for Sustainable Development 41
-Vialatte A., et al. (2023). Protéger les cultures en augmentant la diversité végétale des espaces agricoles. Rapport de l’Expertise scientifique collective.
Figure: Système agricole diversifié des Hauts de l’ouest- La Réunion (crédit photo : M. Darnaudery)
| Fonction de l'orateur | Chercheur agronome |
|---|---|
| Nom de la structure et affiliation (UMR, Station...) de l'orateur | CIRAD, UPR Hortsys, F-34398 Montpellier, France |
| Mots clés (hors ceux du titre) | Traque à l'innovation; diversification; co-conception |
| Autorisation RGPD | oui |