Orateurs
Description
Le greffage : une nouvelle approche technique pour améliorer le palmier à huile ?
R. Lefeuvre2 , A. Labeyrie1, M. Collin2, J.-R. Brossier1, P. Ilbert1, E. Wurth2, J. Hibberd3, A. Tripathi3, J. Tregear2, Florence Jacob4, F. Morcillo1
*Contribution égale, Correspondance : axel.labeyrie@cirad.fr
Contexte
Jusqu’à récemment, la greffe était considérée comme irréalisable chez les monocotylédones en raison de l’absence de cambium vasculaire et de la dispersion des faisceaux vasculaires dans la tige, empêchant l’établissement de connexions fonctionnelles entre le greffon (partie aérienne, épibiote) et le porte-greffe (partie souterraine, hypobiote). Cependant, Reeves et al. ont montré que les tissus indifférenciés de la région hypocotylaire des embryons de monocotylédones permettaient la réalisation de greffes. Chez les Arecaceae, cette technique a été appliquée avec succès au palmier à huile, (Elaeis guineensis), bien qu’à une fréquence très faible.
Objectifs
Dans ce contexte, nous avons récemment lancé le projet « Palmgrafting » en collaboration avec l'université de Cambridge, en utilisant E. guineensis, afin (i) d'optimiser les conditions pratiques de la greffe du palmier à huile ; (ii) d'étudier les interactions entre le greffon et le porte-greffe au cours du développement de la jeune plante ; (iii) de déterminer les avantages qu'une telle technique pourrait offrir pour créer un nouvel idéotype de palmier à huile.
Matériel et méthode
Le matériel végétal provient d’un lot de graines C1001 (DA115D × LM2T) d’Elaeis guineensis tenera fourni par PalmElit S.A. Toutes les greffes sont réalisées entre individus issus du même croisement (demi-frères).
Les graines, extraites de leur coque puis désinfectées, sont mises à germer dans des conditions garantissant l’absence de contamination ainsi que la synchronisation et l’homogénéité des pousses (taille et diamètre).
Le greffage se réalise sous hotte à flux luminaire selon la procédure développée par l’équipe de Reeve and al. et à l’aide d’images histologiques. Lors de la greffe, l’amande peut rester attachée soit au greffon (S-S), soit au porte-greffe (S-R).
Les graines greffées sont ensuite placées dans une chambre de croissance (27 °C, 12 h/12 h) pendant 4 semaines, puis acclimatées dans un phytotron pendant 6 semaines, et enfin placées dans une serre.
La greffe est évaluée à quatre stades :
• J+14 : adhérence entre porte-greffe et greffon
• J+30 : développement de la partie apicale (greffon)
• J+70 : croissance de la plante et contrôle du système racinaire
• J+… : développement conforme de la plante
Résultats obtenus
En 2024, notre équipe a réalisé plus de 140 greffes.
J+14 : 83 % des greffes « S-S » et 62 % des greffes « S-R » présentaient une bonne adhérence au point de greffe.
J+30 : 73 % des greffes « S-S » et 58 % des greffes « S-R » étaient encore viables.
J+70 : 11% en moyenne présente une reprise de développement avec effet de la position de l’amande sur les faux positifs.
Après plus de 100 jours, il ne restait en moyenne que 9% de plants greffés en croissance.
Résultats attendus mi- 2026
En 2025/2026 une nouvelle série de greffages a été réalisés et les derniers résultats (supérieurs à ceux de 2024) seront actualisés juste avant le dépôt final afin d’être présenté dans ce poster avec des illustrations
Conclusion et opportunité
Nos résultats montrent qu'il est tout à fait possible d'optimiser ce processus de greffage, puisque nous avons réussi à produire des plantes greffées qui se sont développées au bout de quatre semaines. De plus, il sera important d'étudier rapidement l'influence de l'haustorium sur les germes greffés (positionnement).
Enfin, ces travaux permettent d’envisager la réalisation de greffes interspécifiques et l'étude des avantages potentiels de porte-greffes spécifiques en matière de résistance aux maladies du sol et/ou d'optimisation de la production d'huile (qualité de la rhizosphère, métabolisme hormonal, croissance des plantes, compatibilité entre les génotypes sélectionnés…).
Références bibliographiques
...
Reeves, Gregory, Anoop Tripathi, Pallavi Singh, Maximillian R. W. Jones, Amrit K. Nanda, Constance Musseau, Melanie Craze, et al. « Monocotyledonous Plants Graft at the Embryonic Root–Shoot Interface ». Nature 602, no 7896 (10 février 2022): 280 86. https://doi.org/10.1038/s41586-021-04247-y.
| Fonction de l'orateur | Ingénieur de recherche en biotechnologies |
|---|---|
| Nom de la structure et affiliation (UMR, Station...) de l'orateur | CIRAD, UMR DIADE, Equipe Genops, Montpellier |
| Mots clés (hors ceux du titre) | biotechnologie, grafting, monocotylédone, pérenne |
| Autorisation RGPD | oui |